Les meilleures années à deux albums du métal

2 juillet 2026

Converge nous ont bien eu, non ? Le 1er avril, moins de deux mois après la sortie de leur très attendu 10e album studio Love Is Not Enough, les héros du metalcore du Massachusetts ont annoncé Hum Of Hurt, leur deuxième long‑play de 2026. Ils m’ont bien eu, quoi qu’il en soit. J’ai consacré un portrait de Converge pour la couverture du Decibel en février dernier, et au cours d’un entretien d’une heure avec les quatre membres du groupe, personne n’a laissé deviner qu’un autre album sortirait après Love Is Not Enough. Il y a eu quelques passages dans cet entretien qui m’ont semblé étranges à l’époque, lorsqu’un membre essayait d’empêcher un autre d’emprunter telle direction de conversation, mais mes instincts journalistiques semblaient rouillés. Je me suis dit que c’était simplement la façon dont les groupes qui durent gèrent leurs affaires internes, et j’ai passé à autre chose. Je me suis bien fait avoir !

Mais j’en ai fini avec ça maintenant, surtout parce que Hum Of Hurt ressemble à une autre pièce epochale de leur metalcore métallique, l’un des meilleurs groupes lourds à l’avoir fait. Comme Love Is Not Enough, il affiche une durée relativement serrée d’un peu plus d’une demi‑heure, et les deux albums s’identifient sans équivoque à Converge, mais les ressemblances s’arrêtent surtout là. Là où Love a frappé comme un bélier, en évitant en grande partie les morceaux lents et contemplatifs qui font partie de chaque album de Converge depuis Petitioning The Empty Sky, Hum donne un peu plus d’espace à ses titres pour respirer. Le morceau six minutes Dream Debris en est l’illustration la plus limpide, avec son intro de basse étendue, façon Botch, mais même les compositions plus courtes ont cette qualité étirée, tournoyante qui a longtemps été la marque des morceaux « hors tempo » de Converge. Le chanteur Jake Bannon a dit que l’idée initiale pour Hum Of Hurt était « faisons un album noise rock ». Il y explore autant le post‑hardcore que le doom metal, et cela a du sens. Ce n’est pas Bloodmoon, l’exploration en post‑metal moods que le groupe a menée avec Chelsea Wolfe et Stephen Brodsky, mais ce n’est pas non plus Love Is Not Enough.

Love et Hum fonctionnent mieux l’un comme l’ombre de l’autre. Ils sont issus des mêmes sessions, ce qui ne fait que souligner la qualité Jekyll/Hyde des deux Converge qui vivent en chacun d’eux. Ce sont deux albums extraordinairement lourds — peut‑être les deux plus lourds que le quatuor ait jamais enregistrés, kilo pour kilo. Mais les chemins divergents qu’ils empruntent pour atteindre cette lourdeur expliquent pourquoi Converge est l’un des plus grands groupes au monde. On pourrait peut‑être combiner les listes de morceaux de Love et Hum pour obtenir un disque Converge encore plus long, mais la façon dont cette musique se partage en deux volets semble être une grande partie de son efficacité.

En réfléchissant à la façon dont Converge a sorti deux des meilleurs albums de 2026, cela m’a fait penser à certaines autres grandes années à deux albums du metal. Il y en a eu pas mal ! Dans les années 70, c’était parce que les contrats d’enregistrement draconiens forçaient les groupes à sortir leurs disques ainsi. Je suis sûr que Black Sabbath aurait aimé prendre son temps avec Paranoid, mais Vertigo ne l’a pas permis, alors les fans l’ont eu sept mois après Black Sabbath. (« Paranoid », l’une des chansons classiques les plus aimées de tous les temps, a été écrite littéralement en 20 minutes comme remplissage de dernière minute pour l’album.) Dans les années qui ont suivi, sortir deux albums dans une même année a souvent servi à faire passer un point artistique, comme avec le yin‑yang Love et Hum de Converge, ou parce que le processus de travail privilégié par un artiste le rend particulièrement productif. Les obstacles à l’enregistrement et à la diffusion de musique sont plus bas que jamais, et de nombreux artistes en ont largement profité.

Parce que mon cerveau est malheureusement câblé ainsi, j’ai passé la majeure partie du mois dernier à explorer des dizaines d’années où des groupes de metal ont sorti deux albums, et, fidèle à la vibe « blog guy », j’ai décidé d’établir mon palmarès des 10 meilleurs — en excluant Converge, afin d’éviter le biais de l’actualité. D’abord, quelques règles de base : je compte uniquement les albums complets ici, pas les EP. Oui, certains groupes publient des EP qui durent plus longtemps que les LP d’autres groupes. Tant pis pour eux. De plus, je n’inclus pas les années où un groupe a sorti plus de deux albums. J’ai le sentiment que cela viole l’esprit de l’exercice de récompenser Jute Gyte ou Trhä ou Boris ou, Dieu nous en rende grâce, Buckethead pour leur prolificité. Ce sera un autre article à traiter un jour. Pour l’instant, entrons dans celui‑ci. N’hésitez pas à partager vos propres classements dans les commentaires.

DIX LAINE DANS LE COU

10

A.A. Williams – « Outlines »

Lieu : Londres, Royaume‑Uni
Sous‑genre : rock alternatif

La chanteuse et compositrice londonienne A.A. Williams est l’une de ces artistes qui, comme Chelsea Wolfe ou Emma Ruth Rundle, a attiré un immense public de fans du métal sans jamais vraiment devenir du métal à part entière. Son quatrième album depuis 2020 est Solstice, une collection de ballades plutôt sombres centrées sur le piano, la guitare et la voix immaculée de Williams. Il ne devrait pas être trop difficile de déceler ce que les fans de métal entendent dans sa musique. Ces chansons montent et descendent en intensité, avec des courants émotionnels qui gonflent et se retirent comme s’il s’agissait de doom ou de post‑metal. (King Woman est une autre bonne référence.) Williams est une maîtresse dans l’art de manipuler ces dynamiques familières, mais c’est son chant qui fait de Solstice un véritable échec et mat. Elle porte des morceaux comme « Outlines » avec une résonance profonde et une confiance tranquille, sans jamais forcer une note, envoyant simplement ses paroles touchantes au creux de l’âme de chaque metalhead. [From Solstice, out now via Reigning Phoenix Music.]

9

Masterplan – « The Call »

Lieu : Hambourg, Allemagne
Sous‑genre : power metal

Depuis 2001, l’ancien guitariste de Helloween, Roland Grapow, mène Masterplan, un groupe crédible qui rappelle Helloween et qui a parfois réussi à les dépasser. La scène du power metal est devenue extrêmement fragmentée au cours des 25 dernières années, et il n’y a plus autant de groupes européens à l’esthétique du ’80s qui restent actifs qu’on pourrait le croire. Cela fait du Metalmorphosis de Masterplan un produit précieux, un disque neuf et rare construit sur les fondations solides du genre des années révolues. Grapow a écrit beaucoup d’épopées de clôture d’album pour Helloween, et son huit minutes ‘The Call’ suit cette tradition. C’est un duo entre Grapow et le chanteur principal Rick Altzi, et il est meilleur que tout ce qu’on entend sur l’album 2025 de Helloween Giants & Monsters. [From Metalmorphosis, out now via Frontiers Records.]

8

MAKE – « The Augur »

Lieu : Durham, Caroline du Nord
Sous‑genre : post‑metal

Le retour très applaudi de Neurosis pourrait‑il susciter un nouvel élan pour ce qu’on appelle la « Cult of Neur‑Isis » ? MAKE y prend part pour maintenir vivant ce son sludgy et progisant post‑metal. Exegesis At The End Of Time est le quatrième album du groupe de Caroline du Nord (et le premier en une décennie), et il dévaste. Le morceau final « The Augur » avance comme Russian Circles en demi‑vitesse, jusqu’à ce qu’une corde porteuse cède à mi‑parcours et tourne le morceau en malveillance. Il y a beaucoup d’espace négatif contemplatif et utilisé avec goût sur Exegesis At The End Of Time, mais ces passages ultra‑lourds, c’est ce qui me fait bondir le cœur. [From Exegesis At The End Of Time, out now via Accident Prone Records.]

7

Kuzu Knot – « Essential Organs Removed »

Lieu : Atlanta, Géorgie
Sous‑genre : blackened grindcore

Voici une bête ! Kuzu Knot est le nouveau projet solo d’un artiste d’Atlanta, Wesley Berrien, et il se faufile convaincument entre black metal, grind, crust et metalcore moderne sur l’album de débuts Deceitful Above All Things. L’écriture est assez complexe par moments, mais Berrien parvient à la rendre instinctive, comme s’il exorcisait des démons de sa guitare pendant que son logiciel d’enregistrement tourne. Le morceau vicieux et décalé « Essential Organs Removed » est un point fort, un maelström black metal mêlé à Converge qui ferait sauter le toit en live si Berrien montait un groupe complet. [From Deceitful Above All Things, out now via Fiadh Productions.]

6

Phantom – « Out Of The Mausoleum »

Lieu : Guadalajara, Mexique
Sous‑genre : speed/heavy metal

Le prodige du speed metal JC Necrohex n’a que 20 ans, mais il possède déjà une discographie impressionnante avec Phantom. Not Midnight Yet est le troisième long‑format du projet depuis 2023, et il regorge de riffs et de soli qui invoquent l’esprit de Slayer vers 1983. Necrohex semble le plus à l’aise lorsqu’il envoie la chaleur, et « Out of the Mausoleum » est une véritable balle rapide de Randy Johnson. Le morceau est un déluge de riffs qui restent accrocheurs malgré leur violence à grande vitesse, et il se conclut — et ce n’est pas une blague — par une réinterprétation speed metal du thème de Tetris. L’audace de ce mouvement est la raison pour laquelle on a besoin de plus de jeunes de 20 ans qui jouent du metal old‑school. Necrohex a le don, mais surtout, il a l’assurance. [From Not Midnight Yet, out now via High Roller Records.]

5

100 Demons – « Häxan Hammer »

Lieu : Wallingford, Connecticut
Sous‑genre : metallic hardcore

Embrace The Black Light est si lourd que l’encyclopédie métalliste Encyclopaedia Metallum, autrefois peu favorable au metalcore, a accepté le retour des 100 Demons dans ses archives. Procédez avec prudence. Les aspects métalliques du son du groupe y sont nettement plus marqués que sur les deux premiers disques des 100 Demons, sortis au début des années 2000, et cette transformation subtile leur va bien. « Häxan Hammer » sonne comme la version d’un beatdown hardcore d’un morceau d’Amon Amarth, ce qui n’est peut‑être pas génial sur le papier mais fonctionne brillamment puisque ces gars savent exactement comment le vendre. Osez hisser votre bannière, abaissez le marteau, montez le volume. [From Embrace The Black Light, out now via Closed Casket Activities.]

4

Warning – « Teacher »

Lieu : Essex, Royaume‑Uni
Sous‑genre : doom metal

En tant que partie prenante, quelque peu réticente, de l’appareil critique qui a aidé à l’élévation de ce genre, je dois admettre que je suis ravi de voir l’album de Warning Watching From A Distance être justement célébré comme l’un des grands albums metal du 21e siècle. Patrick Walker vient d’accorder sa toute première interview en vidéo sur HardLore. HardLore ! Je ne savais même pas que Colin Young aimait le doom, mais il semble qu’il n’y ait personne de nos jours qui ne soit pas fan de Warning. Vingtième anniversaire de Watching, Walker et ses coéquipiers ont offert Rituals Of Shame, un album qui pourrait être l’égal de son prédécesseur, à condition de lui laisser le temps de s’enfoncer dans nos cœurs. Walker est actif dans le mostly acoustic 40 Watt Sun depuis 2009, et la manière dont il a appris à faire porter ses mélodies et sa phraséologie dans ces morceaux plus calmes a clairement imprégné Warning. C’est un album légèrement plus subtil que Watching, mais tout aussi lourd et émotionnellement dévastateur. Après mes premiers mois avec lui, j’ai une préférence pour la piste‑titre presque de 13 minutes et pour le morceau « Teacher » plus clairement marqué 40 Watt Sun. Revenez‑moi dans 20 ans, lorsque j’écrirai certainement sur la façon dont il a lancé une seconde vie fructueuse à Warning. [From Rituals Of Shame, out now via Relapse Records.]

3

Khemmis – « Beneath The Scythe »

Lieu : Denver, Colorado
Sous‑genre : doom metal

Khemmis est apparu sur la scène lors du boom américain doom 2009‑2014 que j’ai documenté dans le Breaking The Oath d’avril, et mis à part Pallbearer, ils ont été le groupe de cette cohorte qui a atteint les pics critiques et commerciaux les plus élevés. Contrairement à Pallbearer, ils ont persévéré avec leur doom mélodique sculpté, n’apportant que des ajustements mineurs à l’humeur et à la texture sur leurs cinq albums bien accueillis. Leur nouvel album éponyme est mon préféré depuis 2016’s Hunted, et c’est probablement parce qu’ils l’ont écrit comme une célébration du heavy metal. Il y a beaucoup d’Iron Maiden et de Judas Priest dans ce mélange, et Khemmis possède les talents de composition pour exploiter ces références — une rareté dans un sous‑genre où trop de groupes se contentent du volume et de l’ambiance. Chaque titre propose au moins un riff marquant ou une mélodie vocale accrocheuse, mais je suis particulièrement fan de « Beneath The Scythe », celui où David Small lâche un solo de basse étendu qui ferait rougir Steve Harris. [From Khemmis, out now via Nuclear Blast Records.]

2

Converge – « Hum Of Hurt »

Lieu : Salem, Massachusetts
Sous‑genre : metallic hardcore

Je pense avoir couvert à quel point ce groupe est excellent, et à quel point c’est fou qu’ils aient lâché deux des meilleurs albums de leur carrière en une même année civile. La piste titre de Hum Of Hurt serait la meilleure chanson dans la discographie de la plupart des groupes de metalcore. Je peux seulement dire de manière définitive qu’elle est l’une des cinq meilleures chansons que Converge a sorties depuis février. [From Hum Of Hurt, out now via Epitaph Records.]

1

Thætas – « The End Of History »

Lieu : New York, New York
Sous‑genre : brutal/technical death metal

Trop de ce qu’on appelle « brutal/technical death metal » laisse souvent à désirer dans le département « technique ». Suffocation et Nile n’ont pas été, en se contentant de monter des motifs stop‑start et des riffs rythmiques sous une voix qui sonne comme des toilettes, des dieux. Ils ont écrit des riffs fous, des riffs qui se déplacent réellement le long du manche, et quand ils glissent un slam ignorant dans le mélange, cela fonctionne parce que cela apporte le contraste nécessaire à l’inventivité du reste. J’aime Thætas pour la même raison que j’aime ces groupes. Le deuxième LP du groupe new‑yorkais, The Irredeemable Age, est ultra cérébral, mais il est aussi implacablement brutal. Il y a beaucoup de dynamisme dans les riffs, et les changements de tempo au milieu des morceaux donnent toujours l’impression qu’ils servent un but. Il y a même un peu de mélodie, mais jamais au point de ressembler à Archspire. The End Of History est le meilleur de Thætas — brutal et technique, en équilibre parfait. [From The Irredeemable Age, out now via Profound Lore Records.]

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Damien Tremblay

Damien Tremblay

Fondateur et directeur de Bande à part, Damien Tremblay est un passionné de radio et de musique depuis plus de 15 ans. Originaire de Montréal, il a lancé cette web radio indépendante en 2024 avec la vision de créer un espace de liberté musicale et culturelle pour la scène québécoise et francophone. Animateur, producteur et curateur musical, Damien s'engage à faire découvrir des artistes émergents et à offrir une programmation qui sort des sentiers battus.