À travers les flammes de l’enfer avec Boards of Canada

22 juin 2026

Malgré une affinité qui définit sa personnalité pour l’électronique ésotérique, je ne suis pas un fanatique inconditionnel de Boards Of Canada. Quand je veux de l’IDM, je me tourne habituellement vers Aphex Twin ou Squarepusher. Dans le cadre des années 1990 chez Warp Records, j’ai un faible pour Seefeel, Two Lone Swordsmen et Plaid. Même la manière dont j’ai découvert le projet écossais au lycée m’a laissé froid : un camarade bavard m’a parlé de Music Has The Right To Children pendant un cours d’espagnol, ce qui a amené le professeur à appeler mes parents et à me réprimander pour mon manque de concentration.

En janvier, les choses ont commencé à bouger lorsque j’ai revisité le film de Lynne Ramsay sur la mort et l’hédonisme, Morvern Callar (2002) ; la bande-son comporte le titre « Everything You Do Is A Balloon » de Boards Of Canada. Je me suis reconnu dans des éléments de trip-hop qui m’avaient jusqu’alors échappé. Mon intérêt renouvelé s’est développé à partir de là, juste à temps pour le premier lancement d’album du duo après plus d’une décennie. Des cassettes VHS cryptées ont été envoyées aux fans et des affiches à l’imagerie similaire ont été collées près de mon bureau à Greenpoint. Les clients de la boutique de vinyles que je gère ont commencé à me demander si j’avais entendu parler du retour des frères Mike Sandison et Marcus Eoin. Alors que Inferno était annoncé, la boutique a connu des ruptures de stock répétées sur les produits Boards Of Canada — une voracité pour le support physique que je n’avais pas observée depuis la parution du Diamond Jubilee de Cindy Lee.

Si rien d’autre, Inferno est un témoignage du cycle d’engouement. Lors d’une séance d’écoute à Judson Memorial Church à Manhattan, l’anticipation pour entrer dans l’espace s’étendait autour de la cathédrale. La foule a éclaté en acclamations lorsque le logo hexagonal de Boards Of Canada brillait derrière l’autel. J’ai été soulagé lorsque des grooves solides ont jailli des haut-parleurs — je n’adhère pas à la facette ambient de Boards Of Canada, que je trouve trop sucrée.

« Prophecy At 1420 MHz », « Hydrogen Helium Lithium Leviathan », et « The Word Becomes Flesh » pourraient être rangés dans le downtempo, mais j’y déceler des touches de dubstep. Des pièces atmosphériques, notamment « The Process » et « You Retreat In Time And Space », bénéficient de suffisamment d’espace pour être captivantes. Des incantations robotiques sur « Father And Son » et « Blood In The Labyrinth » sont délicieusement kitsch, rappelant l’apogée de la plunderphonics. Des guitares argentées éclosent, se dirigeant vers le vaporwave et le shoegaze. Inferno porte des traces des mouvements qu’ont influencés Sandison et Eoin.

Boards Of Canada s’interrogent sur l’occultisme, comme une brochure d’entreprise inquiétante cachant un message sinistre. Des discussions sur Reddit et des vidéos YouTube abondent, conspirant sur le site New Clear Dawn et sur la durée de Geogaddi — 66 minutes et 6 secondes. Il est sinistrement approprié que, quelques heures avant la sortie d’, « Deep Time » ait été utilisé dans un téléversement menaçant sur la Maison-Blanche. Les préoccupations de l’album ne sont pas aussi immédiates que Donald Trump, l’intelligence artificielle ou les turbulences géopolitiques. Là où leur dernier envoi, Tomorrow’s Harvest (2013), dépeignait une dystopie nucléaire, Inferno explore ce qui arrive ensuite : la damnation. Une citation d’Aleister Crowley orne « All Reason Departs » ; « Naraka » est nommé pour l’enfer dans la religion indienne, intégrant un chant Hare Krishna. À travers Inferno, la beauté jaillit du soufre.

HEURES DE SOMMET

10

Sobolik & georg-i – « Overtorqued »

Kindergarten Records a émergé des sous-sols brumeux de Bushwick, avec un talent pour la sorcellerie des graves. Le pilier de l’effectif Tom Sobolik s’est associé à George Harris de Bristol (alias georg-i) pour l’EP percutant Final Drive. « Overtorqued » se déploie sur un terrain lounge, escaladant jusqu’à un sommet qui fait vibrer les enceintes. Conceptualisé à Londres et guidé par l’admiration sur Internet, le résultat est hargneux.

9

Joe Milli – « Mantra »

Dans la lignée des meilleurs artistes signés sur Livity Sound de Peverelist, Joe Milli fusionne des rythmes sinueux et des touches mystérieuses. Le producteur basé à Londres revient sur l’étiquette de Bristol avec Repetitions, un EP d’outils nets. « Mantra » contrebalance les rouleaux UK funky et un extrait vocal sur le vide — un joyau primal.

8

Spekki Webu – « Earth »

Spekki Webu adopte le pointillisme néerlandais, récoltant des éloges de Dekmantel et de l’institution défunte De School. Bootstrap Paradox — pour le label Outer Orbit Records de New York — s’inspire de la science-fiction et de la nostalgie. « Earth » est opalescent et sinueux. Spekki Webu compose des bandes sonores de jour, donnant une touche dynamique.

7

Heavee – « Chainsmoke » (Feat. DJ Manny & DJ Lucky)

Sur Mainframe — publié par Hyperdub de Kode9 — Chicago’s Darryl Bunch Jr (alias Heavee) polit des touches cartoon sur le footwork. L’EP affilié à Teklife est frénétique et sinueux. « Chainsmoke » fait appel à des esprits frères DJ Manny et DJ Lucky, qui livrent un jukeLoan à enjambement. Il se décompose et se reconstruit à la volée.

6

INVT – « SOUTH FLORIDA EUPHORIA »

De 2017 à 2024, INVT a été prolifique. Le duo de Miami composé de Luca Medici et Delbert Perez est resté discret après le 12-po de K-Lone, Loca, se produisant sur des remix ou des compilations. Leur retour, 8 AM Swim, propose une approche chirurgicale de la formule martelante. « SOUTH FLORIDA EUPHORIA » est des claquements techniques et disembodied qui flottent au-dessus d’un enchaînement fragile. L’énergie suffocante est raffinée.

5

DJ Lag – « NOPS »

TraTraTrax se situe à l’intersection entre propulsion et futurisme. Lancé en Colombie par Verraco, Nyksan et DJ Lomalinda, il fut parmi les premiers à mettre en avant Nick León, Doctor Jeep et Bitter Babe. En passant les commandes à Londres chez Corsica Studios, NTS et Hyperdub, la compatriote Shannon SP, Mzansi Bass met en lumière le underground sud-africain. Le héros du gqom, DJ Lag, passe des vallées qui s’ennuient à des pics triés sur le volet — brandissant la torche pour une communauté qui mérite plus d’éclat.

4

Yushh – « The OCC »

Pour des sorties sur Wisdom Teeth, Well Street Records et son propre Pressure Dome, Bristolienne Jennifer Hartley (alias Yushh) marie glitter et rudesse. Son EP pour Timedance, label de Batu et de la scène locale, Full Body AXY, est vif. « The OCC » est porté par des claquements rauques et des bois résonnants, jusqu’à ce que des basses ronronnantes caressent la tension. Le matériel passé d’Hartley a ciblé les esprits déconcertés, mais celui-ci vise le torse.

3

Beatrice M. – « Years »

Beatrice Masters est à l’avant-garde de la renaissance du dubstep, affinant une signature sonore distincte et dirigeant le label Bait. Là où les aînés sur Tempa et DMZ étaient brutaux, l’artiste britannique- française adopte une approche rafraîchissante. Leur premier LP pour Tectonic de Pinch, Sinking, est palpable et aqueux, soutenu par Jay Carder, Sir Hiss, Jinnal et Kaba. « Years » est autant redevable à King Tubby qu’à Coki, des accords holographiques résonnant au-dessus d’un kick traînant — poids pristine.

2

DJ Seinfeld – « Turning The Page »

Le Suédois Armand Jakobsson (alias DJ Seinfeld) est apparu durant la vague lo-fi house, s’appuyant sur une présence cheeky et brisée sur SoundCloud pour atteindre la célébrité. Son disque sur Ninja Tune, If This Is It, est modelé par l’acceptation du moment. Beaucoup de morceaux sont des morceaux lumineux, en partenariat avec de grands favoris comme SG Lewis et Confidence Man. « Turning The Page » est plus sombre, une mélodie en bifurcation et une voix mélancolique qui monte vers un climax stroboscopique. Jakobsson excelle avec une touche de friction.

1

Skrillex – « Thistle »

Entre les éloges de Four Tet et une collaboration avec Eli Keszler, Sonny Moore s’est hissé au rang de sérieux. Son surprise, Skrillex — SOMA — suit le CONTRA : le week-end berlinois à Kraftwerk qui réunissait upsammy, Batu, Malibu et d’autres. « Thistle » se lie à des favoris viscéraux tels que Blawan, Randomer et MC Dricka. Des synthés clignotants et des ad-libs chantonnés se transforment en funk brésilien. L’ostentation est intelligente.

LES APRÈS-SPECTACLE

Voir cette publication sur Instagram
Damien Tremblay

Damien Tremblay

Fondateur et directeur de Bande à part, Damien Tremblay est un passionné de radio et de musique depuis plus de 15 ans. Originaire de Montréal, il a lancé cette web radio indépendante en 2024 avec la vision de créer un espace de liberté musicale et culturelle pour la scène québécoise et francophone. Animateur, producteur et curateur musical, Damien s'engage à faire découvrir des artistes émergents et à offrir une programmation qui sort des sentiers battus.