Chaque semaine, l’équipe de Stereogum choisit les cinq meilleures nouvelles chansons de la semaine. La période d’éligibilité commence et se termine le jeudi, juste avant minuit. Vous pouvez écouter les sélections de cette semaine ci-dessous et sur la playlist Spotify Favorite New Music de Stereogum, qui est mise à jour chaque semaine. (Une version étendue de notre liste de découvertes est disponible pour les abonnés sur Spotify et Apple Music, mise à jour tout au long de la semaine.)
Heavy Lifter – « Backyard »
Cherub Dreams cartonne en ce moment. Au cours de l’année écoulée, ce label de la région de la Baie de San Francisco a lancé sans relâche des projets d’indie rock bruts et inspirés, dont les sorties récentes de Tricky FM, starbelliedbug, towhead, et à la fois Welcome Strawberry et Strawberry Panic. Aucun de ces noms n’est devenu familier du grand public même par les standards underground, mais le taux de réussite est élevé, et Heavy Lifter y contribue. Le groupe d’Oakland réalise mieux que la plupart le revival des années 90 avec une sensibilité Gen Z. « Backyard », leur dernier titre, me donne l’impression d’être à un concert intense dans un sous-sol et que des galaxies de sons s’ouvrent.
American Motors – « No Horses »
Tout tourne autour de ce balancement, bébé. American Motors est clairement inspiré par le noise-rock des années 90, et ils savent construire un riff vicieux et le présenter de façons qui paraissent parfaitement décalées. Ils hésitent. Des silences arrivent quand on ne les attend pas. Des coups de médiator à la guitare sonnent comme des sirènes. Ils nous entraînent dans la fange avant que le chanteur Dustin White ne chante un mot sur une ancienne bourgade où ils souhaiteraient encore avoir un cheval. Le balancement rend les pensées de White encore plus frappantes. « Somewhere, I heard they’re building a center/ Dialysis or data, does it really even matter? » « It’s like covering up a bad tattoo with an even worse one. » « And you used your one call to dedicate ‘Little Miss Can’t Be Wrong.’ » C’est ça, aussi, le balancement. —Tom
Sophia Stel – « I Do »
Tout le monde veut être une cool girl, mais Sophia Stel incarne cet idéal sans effort. Ses chansons enfiévrées et rêveuses équilibrent l’excitation du club avec la mélancolie et la solitude, et c’est particulièrement vrai sur « I Do ». Elle chante une relation à tensions et à distance, avec un détachement élégant; elle se sent électrisée, se demande à propos d’une bague, et se retrouve « bloquée au téléphone avec mes délires ». Même lorsqu’elle livre une phrase aussi peu poétique que « It’s crazy fucking stupid, » les mots sonnent comme révélateurs venant de sa voix légère et insouciante.
Soul Glo – « February Theory »
Soul Glo prouvent que le hardcore et le footwork se font l’un pour l’autre. « February Theory » est déjà captivante, s’ouvrant sur le hurlement « Surrounded by death ». La prestation vocale de Pierce Jordan devient rapidement corrosive. Il y a un refrain percutant, des hurlements d’enfer et des lamentations sur la perte, mais la rupture inattendue porte « February Theory » à un autre niveau. Des guitares féroces et une basse mordante vous attaquent d’abord dans une poussée dense et abrasive, avant que le morceau ne décolle soudain dans un rythme qui rebondit et paraît presque troublant léger sur ses pas. On dirait qu’il nous taquine. Tout ce distorsion et cette friction se faufilent dans un groove qui continue de flotter sous le bruit comme si cela n’avait exigé aucun effort. C’est de la magie du hardcore.
Ce qui commence comme une fournaise devient progressivement une combustion maîtrisée. L’agression n’en est pas moins puissante malgré une retenue légèrement accrue, et la basse transforme sa menace, en croquant le tempo plutôt que de simplement le pousser en avant. La furie du morceau ne se dissipe pas, mais prend une autre forme. Un brasier féroce devient un brasier contenu, la flamme ne meurt pas, elle montre plutôt son contrôle. —Margaret
The War On Drugs – « Who’s That »
Vous savez ce que c’est dès les premières notes d’ouverture, un manteau de synthés et de pianos qui s’écrase doucement. Alex Fischel, de Spoon, est celui qui joue ce piano, mais il ne sonne jamais tout à fait comme ça sur un disque de Spoon. Le ton, cette résonance enveloppante qui parle d’espoirs déçus et d’un désir sans fin, suffit pour annoncer que Adam Granduciel est de retour et qu’il va nous emmener dans un voyage à travers un cosmos intérieur.
La première chanson de The War On Drugs en quatre ans est une épopée miniature qui vise si fort quelque chose qu’il ne peut pas tout à fait l’atteindre, trouvant la beauté dans l’échec plutôt. Granduciel, dont la voix est encore plus rocailleuse que lors de nos dernières écoutes, se surprend à se demander: Où est-ce qu’il appartient? Serait-ce si mal d’accepter ce qu’il obtient? A-t-il tout gâché, ou est-ce que tout cela a simplement explosé? Autour de lui, guitares, claviers et chœurs s’explosent dans une lente extase, déclenchant une catharsis en grand écran sans jamais détourner l’attention de la mélancolie centrale qui opère. Granduciel crève l’écran avec un gros solo puis marmonne que le lion qui pend à son cou n’est que sa dépression, bébé. Si la dépression peut sonner aussi enivrante, peut-être que ce n’est pas le pire endroit pour s’y perdre. —Tom