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JE NE BLOGUE PAS, J'ÉCRIS
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15 janvier 2008
les blogues. Ah oui,les blogues... Oui oui, je tiens un blogue mais rasssurez-vous. Je ne blogue pas. J'écris. Bon d'accord. Voici. Il y a le danger de s'inscrire publiquement, de s'entoiler dans de probables mutations, tant dans le poème que dans le regard, la naïveté de se croire invincible, la candeur d'espérer. C'est qu'il y a à dire le monde et dire son monde, il y a la perception des autres et la sienne propre, en confrontation dans la pureté de l'indicible, suspendu entre deux électrons. Il y a le monde à inventer et celui qu'on nous invente. Il y a la volonté de voir, de ne pas voir, et de décider parfois autrement que ce que la matrice veut parfois aussi imposer. Il y a la révolte, la conformité du système et l'irrévérence fractale de la nature incrustée dans l'esprit humain. Il y a de la décision d'exister en mode électrique, parfaitement soi-même. Il ya la volonté de silice qui fluctue au gré des saisons. Il y a aussi une volonté de s'intégrer dans un système chaotique pour en soi-disant modeler la teneur, perdu dans le tumulte, juste une prétention d'une impression de demi-dieu virtuel (selon un plan bien établi de versements mensuels). Il y a l'essentiel et constant vertige au coeur de l'écriture. Il y a le pouls grisant de quelques lecteurs. Il y a la projection de soi-même dans une fiction de popularité en grappe (là où la seule personne qui peut croire en ta popularité, c'est toi-même). Il y a une idée d'icône pop ridicule (qu'on devrait vite oublier) puisqu'il faut comprendre que l'écriture est au coeur de tout, et qu'en définitive c'est elle qui commande la forme. On ne blogue pas pour des prunes. À preuve: tous les écrivains ne bloguent pas. Malgré cela... Il y a aussi la fraternité indiscernable, l'inconnu de se voir devenir une extension d'un soi-même déconcertant, entre l'image de la figure sacrée et le show-réalité. Bloguer c'est voir le mot se transformer en projection lumineuse, dans les yeux des lecteurs virtuels qui ne deviennent souvent que des stats. Premières victimes d'une prétendue nouvelle manière de prendre plus fermement l'écriture par la métaphore. Mais non... Je ne blogue pas, j'écris. Mais aussi, il y a moi, vous, l'égo... Chacun veut sa part d'opinions et d'expressions diverses, veut se sentir impliqué dans la communauté, avoir quelque chose à dire, toujours avoir quelque chose à dire, à écrire, toujours commenter, se démocratiser le moi dans une strate de pensée de digg de flickr de blogger et j'en passe, de croire qu'on est soudainement sous les projecteurs communautaires du web alors que dans le fond (et c'est le cas de le dire) nous n'occupons tous que des racoins d'internet, des miettes, des trous de souris. Parfois l'auto-référence et la démocratisation du moi vont jusqu'à la destruction du sens, du mot même, jusqu'à la destruction de l'art des mots par abus de démocratisation de l'égo. Que l'un n'ait aucun visiteur comme l'autre un million de visiteurs par semaine, ça ne change plus rien. La multiplication des blogues tend à fragmenter jusqu'à anéantir toute idée, toute expression inscrite dans la toile des blogues. nous ne saisissons pas encore très précisément à quel point tout ce qui se produit ici sur la blogosphère est en train de muter, de transformer, d'adapter la manière de penser l'écriture, son aboutissement, et par le fait même, la littérature. Bloguer transforme la façon même de penser le mot, l'idée, le concept, l'image, les évocations de l'esprit. tout est amalgame vivant et holographique sorte d'alpha et d'oméga de la pensée brute qui se raffine d'elle-même par une vision tridimensionnelle. On pourrait même ajouter quadri-dimentionnelle (et pourquoi pas, plein d'autres dimensions à la pensée). Mais moi vous savez... Pour cela et toutes les autres raisons... Je ne blogue pas, j'écris. Tony Tremblay
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| Né en 1968, le poète, écrivain, performeur et communicateur Tony Tremblay est cofondateur de la revue de poésie Exit. On a pu le voir et l'entendre au Québec, au Canada, et en France, en plus d'être derrière le micro à Bande à part. Son travail est préoccupé par la prise de parole, la poésie et la nécessité de sa diffusion. |
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