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LE RISQUE DE LA NOUVEAUTÉ
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5 septembre 2006
L'automne est la période de l'année qui voit le plus grand nombre de nouveautés atterrir sur les tablettes des disquaires. On s'entend en général pour dire qu'il faut être prudent avant de lancer un nouvel artiste l'automne puisqu'il risque d'être noyé par la vague. Je me suis demandé si cet automne 2006 serait gras, opulent, orgiaque sur le plan des nouveautés québécoises, ou sinon plus chiche qu'à l'habitude, compte tenu des changements de moeurs des acheteurs de disques. Vous et moi... En préparant le terrain pour tenter de répondre à cette question, j'ai tôt fait de m'apercevoir que le paysage que je croyais trouver revêtait cette année une allure imprévue. En effet, j'ai beau fouiller les sites des distributeurs, les étalages des magasins, les listes des radios commerciales, les maigres sources d'information industrielles telles que l'Agendadisq (Calendrier diffusé hors ligne aux membres de l'ADISQ et faisant état des lancements réservés aux gens de l'industrie...), je refais sans cesse le même constat, si cet automne est faste, il est surtout marqué par une dominance assez incroyable des nouveaux et des jeunes artistes. Il est aussi marqué par la présence d'artistes provenant du terrain et très peu par ceux qui sont davantage fabriqués par l'industrie, les concours ou les médias!! Il est nettement plus difficile que l'an dernier d'y trouver des vedettes éphémères, filiales de l'académie Snyder ou de Mulroney Idol, exception toutefois d'Audrey de Montigny, qui nous propose ses photos en ligne. Sur la liste des nouveautés en ondes de CKOI on trouve évidemment Caroline Néron et Marie-Chantal Toupin, mais aussi Malajube, Caféïne et les Vulgaires Machins!!! Les nouveautés porteuses sur le plan des ventes de l'automne s'annoncent déjà être les Vulgaires Machins, les Breastfeeders ou Caféïne. Cette année, pour un Garou ou une Ève (ex-Baby Spice), trois parutions alternatives leur dament le pion. Il est possible de consulter en ligne la liste des subventions à l'enregistrement sonore accordées par la Fondation Musicaction, appareil de financement mixte regroupant des aides du gouvernement canadien et des radiodiffuseurs privés. De plus en plus, nous constatons que les grandes entreprises du disque québécois développent un nombre relativement prudent de projets (voir le volet Entrepreneurs musicaux) et qu'elles deviennent lentement minoritaires en proportion d'un nombre élevé de petits projets portés par de nouvelles maisons de disques et des structures appartenant en partie aux artistes eux-mêmes (voir volet Production-Commercialisation). La préparation du secteur à ce type de virage est pour moi depuis longtemps une sorte de cheval de bataille, et je constate que les chevaux sont nombreux à la barrière. Il est admis que les performances de ventes des nouvelles maisons de disques et des jeunes artistes seront rarement comparables à celles qui caractérisaient le marché d'il y a 10 ans. Si Dobacaracol vend 50 000 copies, après tout l'acharnement qu'elles y ont mis, c'est bien le double qu'elles auraient mérité. Par contre, elles ne s'en plaignent nullement, Soley leur fait faire le tour de la planète! Les objectifs et les logiques du secteur sont donc en mutation. Autre constat : l'industrie québécoise de la musique est segmentée en trois grandes familles : les variétés populaires de grande diffusion, la chanson de tradition plus classique et enfin, les musiques amplifiées et dérivées du rock underground. Bien évidemment, nous voyons toujours surgir des projets de la famille des variétés, et je me demande encore où leurs dépisteurs creusent pour trouver leurs recrues et comment il est possible dans une logique d'affaires de miser sur le potentiel de gens peu connus tels Steve Labrecque, Linda Racine ou Patrick Groulx. On sent que les maisons qui souhaitent créer de nouvelles vedettes continuent de s'appuyer sur les médias électroniques traditionnels pour y parvenir. En second lieu, nous constatons un certain dynamisme provenant de la famille de la chanson comme en témoignent les parutions de Vincent Vallières, Fredric Gary Comeau, Manuel Gasse (au printemps), Damien Robitaille, Stéphane Côté (qui paraît chez l'Onde, étiquette de Bori), ou le très constant Luc de la Rochelière. Mais au fil d'arrivée, nous constatons cet automne le poids prépondérant des parutions du secteur des musiques amplifiées : Breastfeeders, Les Trois Accords (qui passera, il est vrai, au secteur des variétés en ce qui a trait à l'impact de masse, mais qui endisque chez Indica, maison résolument fondatrice de l'émergence), Vulgaires Machins, Caféïne, WD-40 (très attendu et splendide duo avec Marjo!), Patrick Watson (une bombe de talent qui couve), Grimskunk (en octobre), les Georges Leningrad, Ghoulunatics, Anodajay, Pheek, sans compter les géniaux Anglo-Montréalais The Dears. À elle seule, la structure associative LOCAL lancera 20 nouveautés québécoises au cours de l'automne (Boulimik Foodfight, MAP, Jérémi Mourand, Anick, Ironik, Harvee, André Duchesne et plusieurs autres). La maison de disques d'Éric Lapointe (YFB) signe un contrat avec les 400 lapins, celle de Daniel Lavoie (GSI) avec Navet Confit et de Paul Piché (Audiogram) avec Karkwa. Il faudra faire attention de ne pas chavirer... Il n'y a plus de risque financier majeur inhérent au fait d'enregistrer un disque. C'est la promotion qui pose des enjeux, c'est l'exercice de création des vedettes qui induit un risque. Si, désormais, la qualité de la proposition musicale prime l'image, assumer les risques liés au développement de la relève, risques que l'industrie se targuait d'assumer, passera clairement dans le cahier des charges de l'artiste. Ce sont eux qui portent leurs projets sur leur dos jusqu'à ce que le public et les partenaires emboîtent le pas pour les soutenir. Les dangers vécus par l'artiste sont nombreux : qu'il se trompe sur la qualité de sa propre proposition, que le public ne soit pas prêt à la recevoir ou surtout, que l'industrie et les médias continuent de miser sur les mauvais chevaux ou usent de dopage. C'est un dossier à suivre. Jean-Robert Bisaillon – 3 septembre 2006 (non, je ne suis pas à Osheaga...) En boni, voici une liste indicative des nouveautés de l'automne 2006 (août à octobre) Vulgaires Machins Les Trois Accords Breastfeeders WD-40 Caféïne Frères Cheminaud Henri Band Michel Faubert The Dears Harvee Boulimik Foodfight MAP Jérémi Mourand Anick André Duchesne Georges Leningrad Patrick Watson Le Husky (EP) Pawa Up First Jay Pea Jason Bajada Kid Koala Pheek Skoltz-Kolgen Vincent Vallières Fredric Gary Comeau Stéphane Côté Lara Damien Robitaille Luc De La Rochelière Dumas Jean Leclerc Ghoulunatics Unexpect Voivod Grimskunk Anodajay ZPN Gatineau (EP) Ironik Maktoub Un Mike Prévost Compilation Cadavre Exquis (Annie Dufresne, David Etienne, Dédé Traké, Jean-François Fortier et autres) Eve Garou Audrey De Montigny Véronique Labbé Linda Racine Serge Keravel D'Arcy Patrick Groulx Steve Labrecque
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| Jean-Robert Bisaillon est le jeune-vieux-sage-pas-sage qui a joué dans les French B, fondé la SOPREF et demeure convaincu que le Québec a une autre place à occuper au paradis des musiques populaires... |
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