7 février 2006
Malajube
Trompe-l'oeil
2/7/2006
C’est quoi?
Probablement l’album le plus attendu de la scène émergente québécoise en 2006. Il ne s’est écoulé qu’un an et des poussières entre la sortie du Compte complet et de Trompe-l’oeil. Et pourtant, les 6000 accros au premier album n’en pouvaient plus d’attendre leur dose.
Alors, meilleur que le Compte complet?
Malgré l’accueil plus que favorable des critiques et du milieu musical alternatif au premier effort du groupe, la troupe de Julien Mineau avait pris ses distances d’avec cette réalisation qu’elle jugeait indigne de ses capacités. Nous, on les trouvait vachement durs envers eux-mêmes, mais on ne demandait pas mieux que d’en avoir plein les oreilles. Chose promise, chose due. Trompe-l’œil ne décevra personne, bien au contraire.
Le nouveau disque de Malajube – qui fait le double des 23 minutes de son aîné - est incroyablement dense. Truffé d’instruments (piano, violon, vibraphone, xylophone, violoncelle, flûte traversière, et ce n’est que le début!), de collaborations improbables (Pierre Lapointe, Loco Locass) et de textes délicatement imagés, Trompe-l'œil va plus loin que son prédécesseur dans toutes les directions.
Si on retrouve bien le rock sucré qui les a démarqués de la scène francophone, l’énergie brute et juvénile de leur premier effort est ici contenue dans une réalisation beaucoup plus précise et achevée. Celle-ci est assurée par la troupe, succédant ainsi à Martin Pelland (The Dears) qui s’était acquitté de la tâche sur le premier disque.
Des exemples?
Le quatuor – devenu quintette pour les besoins du deuxième album – semble s’octroyer le droit de se prendre au sérieux et insuffle à ses chansons une somptuosité qui n’existait pas sur le Compte complet. En font foi le début de Fille à plumes ou encore Le crabe, la pièce la plus rock de l’album, dramatique et grave à souhait.
Ça donne un rock moins « garroché », et, d’une certaine façon, plus accessible, même si l’exploration musicale est davantage assumée. La Russe, où le clavier et le vibraphone s’unissent pour nous plonger dans un univers intergalactique sur lequel rappent les imparables Loco, en est un bon exemple. Ton plat favori est un bel hommage à la musique de saloon, alors qu’Étienne d’Août joue au fond la carte de la ballade sentimentale avec son duo piano et violon à faire pleurer. Et attention, le nom de l’album le dit bien : une pièce peut en cacher une autre. Comme dans La Monogamie, qui, sous un faux départ en forme de ballade acoustique, alterne la pop rock, le rock progressif et la chorale.
L’influence des Beatles (les chœurs sur Montréal -40°C) et d’Harmonium (la planante St-Fortunat) se fait sentir tout au long de l’album, donnant des airs de « retour vers le futur » aux 12 morceaux de Trompe-l’œil.
Du Compte complet, il reste des airs de glam rock, des solos de guitare tout droit sortis des années 80 (Casse cou), la technique des voix alternées (Ton plat favori ; Fille à plumes), et certains thèmes (après les jujubes, le cœur est enveloppé de Pâte filo).
Des prédictions pour 2006?
On ne vous répétera pas que 2006 sera l’année Malajube (tiens donc, je viens de le faire!) mais disons qu’on peut affirmer sans trop se tromper que Trompe-l’œil fera partie des albums de l’année. Et je prédis le bonheur à tous ceux qui posséderont leur exemplaire!
Une écoute comblée d’Élodie Gagnon