2 avril 2007
Daniel Bélanger
L'échec du matériel
3 avril 2007
C’est quoi?
C’est L’échec du matériel, le sixième album de Daniel Bélanger en comptant Tricycle, un album triple reprenant l’essentiel des concerts des premières tournées de Bélanger, et Déflaboxe, album plutôt conceptuel et totalement en marge de ce que nous offre normalement l’auteur-compositeur-interprète.
Retour à l’essentiel?
Si Bélanger s’est payé un très beau trip avec Déflaboxe, entièrement composé à partir d’échantillonnages divers, il retourne ici à ses premiers amours: guitares aériennes, piano léger, arrangements stratosphériques et ce fameux son ouvert typique de Bélanger. Parce qu’il faut le dire, il possède une façon de travailler ses musiques qui font en sorte qu’après quelques secondes, l’auditeur sait exactement à qui il a affaire, même si ce sont des superpositions d’instruments qu’on a entendues des milliers de fois. C’est une qualité rare. Et il y a toujours sa voix, juste et puissante, musicale et totalement maîtrisée, ici, comme si Bélanger avait décidé qu’il n’avait plus rien à prouver à personne.
Et les m(aux)?
Si, sur ses premiers disques, Daniel Bélanger tâtait du flou, c’était peut-être pour se donner le bonheur de décider quand il ferait la mise au point. Rétrospectivement, il est possible de saisir à quel point l’aventure de Déflaboxe (on y revient encore) a été, en quelque sorte, ce qui lui a permis de saisir une certaine forme d’essentiel. Bien entendu, Bélanger ne tombe pas pour autant dans l’anecdote, et les textes conservent cette forme plus imperméable. Mais dans L’échec du matériel, il y a peut-être le triomphe de l’indispensable.
De l’audace?
Évidemment, lorsque la musique et les mots sont aussi bien enracinés, il est primordial, parfois, de s’autodétruire pour mieux renaître. Pour ne pas tomber dans la caricature de ce qu’on est. Ou de ce qu’on voudrait être. Si Bélanger retourne vers son origine, il perd un peu en audace. Oui, il y a quelques boucles judicieuses, il a presque laissé de côté les vocalises plutôt inutiles, mais je ne sais pas, je m’attendais à un objet musical un peu plus libre. C’est probablement le défaut de la qualité de cet album. Cela dit, c’est loin de tomber à plat, et tout fonctionne admirablement bien. Peut-être même un peu trop. Comme si c’était trop propre.
La fin de l’homme?
Loin de là. Malgré ce petit bémol, et j’avoue être peut-être un peu sévère, il n’en demeure pas moins que Bélanger ne prend pas la parole pour rien. C’est bien ficelé, bien écrit, bien réalisé, à l’image de la carrière de celui qui est devenu un des musiciens les plus influents de son époque. Il sait faire preuve d’une constance désarmante, autant musicalement que dans les thèmes qu’il aborde: la déshumanisation, la place de l’homme et de l’amour dans l’univers, etc. Pour ce qui est du reste, comme disait l’autre, c’est de la littérature…
Une écoute humaine de François Lemay